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Hungaro 1 / Szirtes Planet

*Nom : Szirtes (prononcez Sirtech, à la hongroise), littéralement "Rocher". Prénom : András(ch). Profession : cinéaste anticonformiste. Pour ce premier module "Hungaro" (à suivre dans nos programmations futures), le Nova, en complicité avec le Centre culturel hongrois de Bruxelles, propose de sauter à pieds joints sur la planète Szirtes, en prenant assez d’élan pour la faire éclater et libérer ainsi les quelques bijoux qu’András nous apporte, en plus de sa présence, durant les deux semaines de ce programme inédit. Des films rares, les siens, associés à ceux d’autres cinéastes issus du mythique Béla Balázs Studio (BBS). Pour l’occasion, l’équipe du Nova s’est occupé des traductions, qui se feront parfois au micro en simultané !
Szirtes explore depuis presque quarante ans les voies d’un cinéma subjectif à l’extrême, trempé d’un lyrisme presque scientifique. Les strates de la "réalité Szirtes" se déposent sur l’objet film comme la lumière traversant le kaléidoscope. Politique, histoire, vie sentimentale de l’auteur s’y retrouvent, liées dans une toile savamment tissée, dont la force poétique est indéniable.
Comme le titre d’un de ces films, Szirtes est le "dernier des Mohicans" d’une génération qui a rêvé le cinéma. Déconnecté de tout système, il est depuis peu installé à Anvers, où il continue son travail avec une énergie que les années n’ont pas altéré. C’est un de ces êtres rares, dont la vie est comme l’œuvre : extra-ordinaire.*



*A l’époque où Szirtes commence à faire des films, à la charnière des années 60 et 70 en Hongrie, beaucoup de ceux-ci sont réalisés au BBS, un collectif créé par un groupe de jeunes cinéastes en 1961. Portant le nom du grand poète, cinéaste et théoricien du cinéma Béla Bálazs, le Studio a donné naissance pendant plus de trois décennies à des expériences cinématographiques innovantes.
La production des films issus du BBS était entièrement financée par l’Etat. Pourtant, et c’est ce qui a rendu l’expérience unique sous un régime communiste, les décisions de faire ou pas les films se prenaient au sein du collectif sans contrôle de l’Etat. Ce n’est qu’une fois le film terminé que "les grands chefs" pouvaient censurer les œuvres.
En 1980, Szirtes, avec notamment Péter Forgacs, prend la direction du BBS. Ils décident d’ouvrir les portes du studio à des non professionnels, car seuls les cinéastes déjà confirmés ou les jeunes sortant de l’Académie du film avaient le droit d’y proposer leurs projets. Musiciens, scientifiques, sociologues, etc., ont alors l’opportunité de s’essayer au cinéma.
Le patrimoine du BBS est encore assez méconnu. La période de turbulences qui a suivi les changements politiques de 1989 ne s’est pas totalement résorbée. Les films dans leur format d’origine sont difficiles d’accès, la question des droits n’étant pas résolus pour un studio où la production était collective.*



Szirtes expose ses travaux photographiques, une série de portraits de femmes. Des tirages réalisés avec un procédé qu’il a lui-même mis au point, en continuité avec son travail sur la pellicule.

01 > 10.02 [ Foyer ]

01.02 > 19:00


András Szirtes, 1984-86, 35mm, vo st fr & ang, 100'

"En 1984, j’ai eu envie de faire l’expérience de la nature. Je regardais les nuages, j’écoutais la Première Symphonie de Gustave Mahler, puis j’ai filmé beaucoup de nuages. A la vision des rush, mes producteurs n’étaient pas satisfaits. Par dépit, j’ai décidé de faire un vrai film commercial, puisqu’il n’y avait pas d’autre issue pour montrer ce que j’aimais" (A. Sz.). Ce long métrage de fiction propose d’entrer dans l’univers poétique de Lenz, personnage romantique du 18e siècle (inspiré de la nouvelle éponyme de Georges Büchner), transposé dans le 20e siècle. Lenz incarne un chercheur scientifique qui se pose des questions métaphysiques. Suite au diagnostic de son "dosimètre", Lenz doit partir en retraite dans les montagnes, une traversée initiatique qui le ramènera à son laboratoire avec encore plus de ferveur. Mais que cherche Lenz ? Une représentation de ses rêves ? Ode à la nature, apologie de sa grandeur, l’image de ce film est puissante. Szirtes rassemble ici dans une forme narrative plus classique toutes les expériences filmiques qu’il a menées précédemment. Le résultat est de toute beauté.

La séance sera suivie d’une rencontre avec le réalisateur.

01.02 > 20:00


En 79, Szirtes commence son journal filmé. Les "Naplo" (journaux) se poursuivent durant 24 ans. Il en résulte 24 films transversaux, qui peuvent se voir indépendamment les uns des autres. Szirtes s’y livre à toutes sortes d’expériences avec le film, qui le conduisent à développer lui même la pellicule 16 mm noir et blanc. Il se défait d’un montage saccadé (proche de Vertov) et trouve un rythme plus personnel. Beaucoup considèrent les Naplo comme le plus beau de son œuvre. Il y règne une atmosphère volatile, un précieux flottement, presque paradoxal, vu l’époque chargée dont ils sont le témoignage.



András Szirtes, 1979-84, 16mm, sans dial, , 90'

"Lorsque j’ai terminé "Hajnal", les gens de la télévision hongroise m’ont demandé ce que je souhaitais faire dans le futur. Je leur ai raconté qu’un matin, en me réveillant, j’avais vu sur mon mur blanc une grosse araignée noire, j’étais en colère de ne pas avoir une caméra pour la filmer. Ils ont bien compris le message et m’ont offert une caméra 16mm noir et blanc, ainsi que des kilomètres de film. Il faut dire qu’ils passaient au reportage couleur et n’avaient plus besoin du noir et blanc. J’ai alors commencé mon journal filmé. J’espère un jour pouvoir montrer l’intégralité des 24 heures qui le composent. Vous verrez lors de cette séance quelques-unes des premières années" (A. Sz.).

Le metteur en scène présentera la séance.

[ 5 / 3,5 euros ]

01.02 > 22:00


András Szirtes, 2000-2003, video, vo st fr, 86'

"Un vrai cinéaste ne peut pas séparer sa vie de son travail. C’est une croix schizophrénique qu’il faut savoir porter tout au long de sa vie. J’en ai fait l’expérience lorsque j’ai épousé Lujzika. Nous avons vécu ensemble 7 années. Parfois, Lujzika et sa fille détestaient le cinéaste en moi qui s’immiscait dans leur vie. Mais je leur expliquais que la caméra c’était ma plume... Ce film n’aurait pas existé sans leur approbation. Malheureusement, je n’ai pas été assez attentif à ma vraie vie... Mais je ne veux pas raconter l’histoire, vous verrez" (A. Sz.).

[ 5 / 3,5 euros ]

10.02 > 22:00


+ Shine

Janos Tóth, 1975-83, 35mm, vo , 45'

"Invention du cinéma, rêve de cinéma, industrie du cinéma, "Shine" raconte toutes ces genèses. J’ai monté ce film tous les soirs et week-ends durant 4 années avec Janos Tóth, le réalisateur. Pendant ces séances de travail nous ne parlions pas, nous avions un mode de communication très spécial appelé Film" (A. Sz).

*Performance / Mes bobines préférées
Andras Szirtes, HU, 35mm, 70’*
En 1993, Szirtes s’achète une vieille caméra Debrie à manivelle et se construit une développeuse 35mm. Puis il trouve une tireuse pour compléter un équipement qui se veut similaire aux techniques du début du cinéma. Il entreprend ainsi une tournée de deux ans à travers l’Europe, en suivant un itinéraire tracé par les frères Lumière. A chaque étape, il filmera, développera et projettera son travail, là où il le peut, souvent dans la rue ! La tournée se termine à Paris le 28 décembre 1995 pour une dernière performance dans le salon indien d’un célèbre café où le même jour, à la même heure, 100 ans auparavant, les Lumière avaient projeté leurs premières bobines.
Avec son projecteur à manivelle, une antiquité qui vaut le détour, Szirtes vous propose de faire un voyage aux origines du cinéma. Il apporte dans sa valise ses bobines préférées et vous invite à choisir, avec lui, les films qu’il commentera en direct. Connaissant le personnage, la séance promet d’être joyeuse !

[ 5 / 3,5 euros ]

02.02 > 21:00


András Szirtes, 1995-2003, video, vo st fr & ang, 83'

"Pendant sept ans j’ai été père au foyer, je me suis occupé de mon enfant et j’ai filmé 250 (!) heures. Le montage m’a pris trois ans. Ce film représente l’essence de cette période de ma vie" (A. Sz.). Avec ce documentaire de facture classique, Szirtes nous livre ce qu’il a de plus précieux. On y voit Manka, sa fille, grandir, apprendre à marcher, à parler, à dialoguer avec son père, à lui poser des questions. La parole tient une place primordiale dans le film, mais le ménage et l’organisation de la maison aussi ! Bref une leçon pour tous les papas modernes qui ont enterré le paternalisme.

[ 5 / 3,5 euros ]

03.02 > 22:00


Szirtes raconte volontiers la genèse de ses films et illustre son parcours d’anecdotes cocasses. Il présentera ici ses maîtres en cinéma, films à l’appui, pour survoler avec nous le paysage cinématographique dans lequel il s’inscrit. Plusieurs millésimes du BBS donc, de grands crus ! Deux séances que l’on conseille vivement à vos yeux et vos oreilles, pour la beauté visuelle des films et le questionnement qu’ils suscitent sur le cinéma.

[ Combi Szirtes & Masters > 5 / 3,5 euros ]



• PART #1 : Film-Poèmes • Association

+ Elegia

Zoltan Huszarik, 1965, 35mm, sans dial, , 20'

La Hongrie passait autrefois pour être un royaume de chevaux. Mais la mécanisation de la vie a fait de ce royaume une illusion et transformé la puissance de trait du pays en saucisses de boucherie. Métaphore angoissée jusqu’au vertige, hymne halluciné sur le meurtre du monde antique, celui de la ruralité, assassiné par la laideur contemporaine, "Elégie" porte son titre par antiphrase. Huszarik y pulvérise la tyrannie naturaliste qu’exercent les matériaux cinématographiques bruts, par les mouvements de caméra, par le traitement qu’il impose à la pellicule et par le montage violent, traumatisant, des images et des sons. Ce "cri d’agonie terrible des chevaux" a reçu le Grand Prix au Festival d’Oberhausen en 1966.

+ Bisztro [Suburb]

András Szirtes, 1972, 16mm, sans dial, , 10'

"Ce film-poème romantique parle des pauvres sans travail à Budapest à la fin des années 60. Son style se rapproche des films muets d’avant-garde russes et allemands des années 30, ceux des Vertov, Eisenstein et Ruttmann" (A. Sz.).

+ Madarok [Birds]

András Szirtes, 1976, 35mm, sans dial, , 8'

"Avec Madarok, je me penche pour la première fois sur la problématique des rythmes visuels. Une interprétation ironique du sacro-saint "visa", impossible à se procurer à l’époque, et sans lequel nous ne pouvions malheureusement pas nous rendre en Europe de l’Ouest. Ce triste état de fait m’a permis de réaliser un film sur mon propre sentiment de la libert" (A. Sz.).

• PART #2 : Macro-Micro-Minds

+ Studium [Study]

Josef Gujdar, 1968, 35mm, sans dial, , 7'

"Studium a été réalisé par un de mes maîtres en cinéma, Jozef Gujdar. Il a filmé une bougie en utilisant les "macro-micro" techniques. Pour moi, ce film a plusieurs niveaux de signification, et si vous êtes assez ouverts, vous sentirez... que vous êtes la bougie sur l’écran. Malheureusement, les censeurs communistes ont fait de ce film un symbole de l’insurrection nationale de 1956 et l’ont interdit" (A. Sz.).

+ Hajnal [Dawn]

András Szirtes, 1973-1980, 35mm, sans dial, , 21'

"Avec Hajnal, j’ai reçu le prix du meilleur film expérimental au Festival d’Oberhausen en 1980. J’y ai travaillé durant cinq années, et pourtant le film ne dure que 21 minutes. Il se compose de trois parties. La première nous emmène dans le macro-micro monde industriel, la deuxième constitue un modèle abstrait de la révolution et la troisième donne à voir l’aube en temps réel. La fin vous réserve une surprise..." (A. Sz.).

[ 3,5 / 2,5 euros ]

08.02 > 20:00


• PART #3 : Surréalisme-Dada

+ Kedd [Tuesday]

Novak Mark, 1963, 35mn, sans dial, , 16'

Burlesque métaphore du drame de la révolution de 1956, un petit chef-d’œuvre dans lequel Khrouchtchev course un Buster Keaton hongrois. Un film dont l’opérateur est Janos Tóth ("Shine").

+ Gravitation

András Szirtes, 1981, 35mm, sans dial, , 21'

"La gravitation ramène tout à terre. Une expérience extrême d’anti-film, qui détruit formellement le cinéma commercial. Vous risquez d’être choqué, car ce film contient beaucoup d’archives inédites du ghetto de Varsovie. A voir sous tranquillisant..." (A. Sz.).

• PART #4 : Surprise !

+ Capriccio

Zoltan Huszarik, 1969, 35mm, sans dial, , 18'

Des bonshommes de neige, comme métaphore de la création et de sa contingence aiguë, réfractés par l’imagination virevoltante, quasi enfantine, de l’un des maîtres d’Andras, trop tôt disparu, et qui fait parfois songer à Pelechian.

[ 3,5 / 2,5 euros ]

08.02 > 22:00


Au début des années 80, les artistes du collectif du BBS sont liés à la mouvance punk-rock underground, laquelle incarne sans détour la contestation au régime. Cette complicité produit quelques films emblématiques de ce type de rébellion. Deux films, un concert, suivi d’un set DJ "Punk Rock 80’ à minuit et une surprise au bar pour ceux qui arrivent au bout... avec de quoi se restaurer pour tenir le coup... Une soirée qui s’annonce bien remplie !

Après les films et le concert :
80’s Punk-Rock Party à 24:00 dans le foyer [ Gratis ]



András Szirtes, 1983, 16mm, vo st fr & ang, 90'

Les Promuna Boys vous préviennent en questionnant : "C’est toi l’idiot qui regarde ce film, ou c’est moi l’idiot qui fait ce film..." Szirtes poursuit, avec ce premier long métrage de fiction, le chemin de la destruction formelle du cinéma, engagée avec "Gravitation".
Film happening "comico-absurde associatif" où les scènes de vraie vie croisent celles de fiction, il est ici question de comprendre le comportement du guépard. La langue absurde qu’élaborent scène après scène les Promuna Boys révèle peu à peu l’intention politique du film : dans un régime où la police secrète suit à la trace la vie culturelle et artistique, où rapports codifiés accompagnent bon nombre de citoyens, les guépards sont-ils de simples chats ? Dans cette perspective, on comprend pourquoi la langue secrète du film a dérangé les autorités hongroises de l’époque.
Avec son ambiance teintée par les musiques de deux groupes rock de la mouvance underground de Budapest : URH et Europa Kiado (Europe à vendre), "Histoire des Promuna Boys" donne la première note de cette soirée spéciale.

[ 5 / 3,5 euros ]

09.02 > 18:00


András Wahorn, 1984, 16mm, vo st fr, 74'

Le "Ballet de la crème glacée" est un film musical expérimental dada-trash autour d’un groupe mythique de l’underground hongrois des années 80 : A.E. Bizottság ("le Comité Albert Einstein"). Composé d’une série de tableaux anachroniques passant, par exemple, d’une archive érotique à une scène semblant sortir d’une fable moyen-âgeuse, ou encore d’une fête orgiaque où les invités mangent moultes crèmes glacées à un maigre banquet dont les convives distingués sont chaussés de patins à glaces, ce film absurde et fauché nous entraîne dans une intrigue insensée. La réalisation d’András Wahorn, artiste multimédia et membre fondateur de A.E. Bizottság, est formellement éclatée et ne manque pas de mettre en valeur les morceaux musicaux disjonctés du groupe art-punk jusqu’à son concert final. Une curiosité cinématographique anarchique et colorée, inconnue dans nos contrées, en provenance du Béla Bálasz Studio...

[ 5 / 3,5 euros ]

09.02 > 20:00


Difficile de mettre une étiquette sur la musique d’Akosh S, trop facile de le classer dans le free jazz quand il navigue entre la scène rock avec Bertrand Cantat, l’électroacoustique d’eRIKm, le violoncelle de Joëlle Léandre, l’orgue de Charlie O, ou la danse de Josef Nadj... Saxophoniste, clarinettiste, flutiste, manieur de kalimba et "tinteur" de cloches, Akosh cultive la liberté avec son approche à la fois traditionnelle et expérimentale, qui fait naître une musique presqu’archaïque. Une histoire de la mélodie et de la brisure, un éclatement qui s’incarne par le souffle, vibration de l’instrument jusqu’à son paroxisme sans saturation. Réunissant dans son Unit, Gildas Etevenard, batteur, Quentin Rollet, saxophoniste, ou encore Andras Vigh, joueur de vielle à roue, cette fois au Nova avec un duo, trio ou plus (on ne le sait pas encore), Akosh S viendra poser sa note au creu d’une soirée au ton plutôt Punk Rock 80’s, pour faire la pause, dans les territoires souterrains des inspirations hongroises.

http://akosh.s.free.fr

[ 7,5 / 6 euros ]

09.02 > 22:00


Andras Szirtes, 1987-89, 35mm, vo st fr, 90'

"Chacun de nous vit sa propre révolution. Ce long métrage très personnel raconte ma révolution intérieure. Comment j’ai tenté de changer mon rapport émotionnel à ma famille, à mon pays et à mon existence. Ce film mélange ma propre histoire à celle du "Maître et Marguerite" de Boulgakov. Il parle de comment on peut louper le coche de l’Histoire dans sa vie". Szirtes réalise "After the Revolution" après 3 ans de résidence à New York, période qui a bouleversé ses repères et laissé son empreinte dans ce film. Le cinéaste se livre, nous conte son mal de vivre. Un film complexe sur la déprime où l’enchevêtrement des séquences anachroniques plonge le spectateur dans un état de recherche, le pousse à faire des liens.

[ 5 / 3,5 euros ]

10.02 > 20:00


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prog: 1050
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