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Périphéries (En ville !)

En 1989, la puissante envie de voyage de François Maspero et Anaïs Frantz les amenait à parcourir la banlieue parisienne en suivant la ligne B du RER pour écrire le livre "Les passagers du Roissy-Express". Cette idée de découvertes et de rencontres au coin de la rue porte également les trois cinéastes que nous invitons avec Festival En ville ! Traversée de grands ensembles, zones périurbaines et vie de quartier au programme, avec Andrea Luka Zimmerman dans l’Est de Londres, aux côtés d’habitants d’une cité sociale en destruction ("Estate, a reverie") ou d’une communauté composite fréquentant une friche urbaine ("Here for Life"), avec Alice Diop et des gars du 93 ("La mort de Danton" et "Vers la tendresse"), et encore avec Gaël Lépingle au milieu de lotissements pavillonnaires de zone rurale ("Seuls les pirates"). Tous ont en commun de se faire l’écho de celles et ceux qui habitent dans des périphéries et dont les voix portent peu au-delà des territoires qu’ils et elles font vivre. Pas de discours généralisant ici, mais bien des trajectoires individuelles aux réalités complexes que les cinéastes ont pris le temps de s’approprier avec les personnes rencontrées, en les impliquant dans l’écriture de ces films. Ils viendront partager leurs expériences les 11, 17 et 23 octobre.

www.leptitcine.be



Née en 1969 à Munich, Andrea Luka Zimmerman a grandi dans la grande cité de logement public. Elle a quitté l’école à 16 ans puis a déménagé à Londres à 22 ans pour y faire des études d’art. Cinéaste et activiste culturelle (au sein des collectifs Fugitive Images et Vision Machine), sa pratique appelle à une réinvention des relations entre les êtres, les lieux et l’écologie. Utilisant l’hybridité et le recadrage narratifs, la rêverie et l’égarement créatif, son travail met souvent l’accent sur l’importance des liens sociaux au sein des communautés et dévoile des aspects de l’expérience de la classe ouvrière et des personnes vivant en marge de la société.



Film + rencontre

Estate, a Reverie

Andrea Luka Zimmerman, 2015, GB-GB, HD, vo ang st fr, 83'

Samuel House était le dernier grand ensemble de logement social du district de Hackney à Londres. Andrea Luka Zimmerman y a vécu pendant dix-sept ans, à une époque où le site et ses habitants avaient été abandonnés par les autorités publiques tant sur le plan architectural que social. Néanmoins, c’était encore un foyer pour la réalisatrice et pour beaucoup d’autres qualifiés par la société d’inadaptés et d’exclus. Pendant sept ans, avant la démolition des bâtiments survenue en 2014, elle y a filmé des portraits intimes des résidents, des reconstitutions historiques conçues avec eux, mais aussi des études de paysage et d’architecture et des scènes dramatisées. Le résultat est un portrait émouvant d’une communauté qui lutte pour sa survie dans un espace voué à la démolition, avec en toile de fond cette question : comment pouvons-nous lutter contre ce qui nous catégorise exclusivement selon notre appartenance à une classe, un sexe, par nos capacités ou nos handicaps, et même par la géographie...?

Projection introduite et suivie d’une discussion avec Andrea Luka Zimmerman.

11.10 > 17:00  
6€ / 4€


Films + rencontre

Here for life

Andrea Luka Zimmerman, Adrian Jackson, 2018, GB-GB, HD, vo ang st fr, 87'

Tandis qu’Andrea Luka Zimmerman s’intéresse dans son travail aux thématiques de la mémoire et de la justice sociale envers les groupes marginalisés, Adrian Jackson est un praticien du théâtre des opprimés. Pour réaliser "Here for Life", ils ont fait équipe avec dix Londoniens indisciplinés qui mènent des existences sauvages, en marge de la société marchande qui transforme leur ville, rend les logements impayables, rétrécit l’espace public et disperse les communautés. Tourné en partie dans un jardin urbain installé sur un ancien dépotoir, entre deux voies ferrées, "Here for Life" dessine avec urgence et grâce une sorte de mosaïque de leurs expériences, de leurs pertes et de leurs émerveillements. Comme un conte populaire contre la dictature de la normalité, dans lequel la dimension collective est nécessaire au changement, sans minimiser les voix individuelles. Déjà montré dans notre programmation estivale de déconfinement, le film a gagné le grand prix du festival de cinéma En ville !

Projection introduite et suivie d’une discussion avec Andrea Luka Zimmerman.

11.10 > 20:00  
6€ / 4€


Alice Diop est historienne de formation. Elle se lance dans le cinéma via un 3ème cycle universitaire en sociologie visuelle à la fac d’Evry. Née à Aulnay-sous-Bois en Seine-Saint-Denis et élevée dans la Cité des 3000, elle inscrit ses films dans ces territoires familiers, s’attachant à donner paroles et visages à celles et ceux repoussés derrière leurs frontières sociales. Pour son dernier film, en cours de finition, elle s’est mise en route pour un voyage le long de la ligne B du RER, sur les pas de François Maspero avec l’idée de dresser le portrait de la France de 2020 vu depuis ses périphéries.



Films + rencontre

Vers la tendresse

Alice Diop, 2016, FR, HD, vo fr , 38'

Comment parler de l’amour quand on est un garçon et qu’on habite dans une cité ? C’est la question à laquelle se cogne Alice Diop avec "Vers la tendresse". Exploration intime du territoire masculin en banlieue, le film fait entendre quatre jeunes hommes avec lesquels la réalisatrice a échangé autour de leurs relations amoureuses : "A Montreuil, des garçons traînent devant chez moi du matin jusqu’au soir. Je me suis dit qu’ils pourraient peut-être porter leur voix et je suis allée les voir. Je leur ai proposé de travailler avec moi et j’ai organisé un atelier avec quatre d’entre eux. En entendant ce que j’avais filmé, ils ont prétendu ne pas s’y reconnaître ; mais m’ont parlé différemment lorsqu’on s’est vus en tête-à-tête" (Alice Diop).

+ La mort de Danton

Alice Diop, 2010, FR, vo fr , 64'

Steve vit en Seine-Saint-Denis dans un quartier populaire. Il est noir et il rêve de tenir le rôle de Danton au théâtre. Pendant trois ans, il a suivi l’enseignement délivré par le Cours Simon à Paris. Alice Diop, sa voisine de palier aux 3000, l’a accompagné dans un voyage social qu’il n’est lui-même pas très sûr d’avoir le droit de faire, coincé par la peur du jugement des autres, par son histoire de gamin des cités "où ton image on en a rien à foutre qu’elle soit propre ou sale. Mais quand tu arrives à Paris c’est pas comme ça". Derrière le portrait délicat et tendre d’un jeune homme de banlieue qui se donne les moyens de faire bouger les curseurs, la réalisatrice filme toute la violence qu’une telle démarche provoque dans une société française très figée. Clichés, stigmatisations, paroles confisquées : pourquoi y-a-t-il toujours un prix à payer pour dépasser les rôles très limités que nos lieux de naissance et de vie nous ont attribués ?

La projection de chacun des deux films sera introduite et suivie d’une discussion avec Alice Diop.

8€ / 6€ (soirée / avond)


En France, depuis quelques années, le cinéma d’auteur (mais on parle de fiction ici) se divise en deux : il y a celui qui se revendique de la Nouvelle Vague et des Cahiers du Cinéma, un peu poseur parfois, un peu parisien sans doute... Et celui qui s’en fout, qui s’amuse aux mélanges et qui prend souvent ses quartiers en province, sur les traces des Larrieu ou d’un Guiraudie. Le cinéma de Gaël Lépingle, plus proche de cette seconde catégorie, fait lui aussi jongler genres et formats et explore des territoires à cheval entre campagne et ville avec pas mal de joie, de grâce et un peu de nostalgie.



Film + rencontre

Seuls les pirates

Gaël Lépingle, 2018, FR, DCP, vo fr st ang, 90'

Après un court, un documentaire, deux moyens métrages (dont "Une si jolie vallée", en forme de comédie musicale dans le Tarn), "Seuls les pirates" chemine tranquillement, dans la bataille que mènent quelques doux rêveurs, flibustiers ou escrocs en vadrouille contre la gentrification en marche dans leur ville. Entre pavillons urbains, centres commerciaux et nouveaux éco-quartiers, le film avance par tableaux, mélange les genres et se balade entre la chronique sociale, le polar et la romance. Il s’offre des tangentes à travers champs, des parenthèses hors sujets et s’en va sillonner le quotidien de ces braves ordinaires, avec humour et mélancolie. Ce mélange, cette fantaisie, c’est toute la saveur de "Seuls les pirates" qui met en scène avec tendresse et drôlerie le monde modeste de ces petites gens. Et la lutte en jeu est finalement à l’image du film : ce n’est pas seulement un territoire qu’il s’agit de sauver mais plus justement un espace où se rencontrer et s’inventer, des horizons rêvés, des imaginaires.

Projection introduite et suivie d’une discussion avec Gaël Lépingle.

23.10 > 20:00  
6€ / 4€


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